A quelqu’un qui m’avait un jour demandé ce que je faisais dans la vie, j’avais répondu que j’écrivais. Je me souviens très bien qu’il m’avait alors demandé à quoi ça pouvait bien servir d’encore écrire des histoires dans la mesure où, depuis le temps, tout avait déjà été écrit. Je me souviens très bien que j’avais répondu : c’est vrai, mais pas par moi.

La création artistique, c’est ça : c’est un point de vue sur les choses. Evidemment, c’est aussi de la technique, c’est aussi de la maîtrise, c’est aussi un imaginaire et c’est aussi, souvent mais pas obligatoirement, une réflexion.

Mais c’est d’abord un point de vue. C’est un endroit d’où on se met pour regarder le monde et ce qui s’y passe pour essayer d’en tirer quelque chose.

Pour écrire des histoires, j’aime bien me mettre tout près de mes personnages, j’aime sentir leur chaleur, j’aime sentir fonctionner leur esprit et me laisser guider par eux. J’aime quand ce travail ressemble à une aventure.

Quand je regarde une peinture, peut-être par déformation professionnelle, j’aime que cette peinture me raconte une histoire, que son point de vue soit celui de l’intime, de la proximité, une position qui ouvre l’imaginaire sur les questions :
qui est cette personne ?, que fait elle là ?, d’où vient-elle ?

Dans les peintures de Laurence Deletaille il y a tout ça : il s’agit de peau, d’intérieurs, de rivages ou de traces, mais toujours d’histoires. C’est à la fois merveilleux et magique de se rendre compte que pour raconter une histoire il n’y a pas que l’écrit. L’image possède une force mystérieuse qui n’appartient qu’à elle.

Quand j’étais petit et que j’allais au musée, les peintures devant lesquelles je m’arrêtais étaient celles de Jérôme Bosch ou de Breughel ou de Goya. Des peintures qui m’ouvraient sur des univers riches d’émotions que je ne connaissais pas. Les peintures de Laurence Deletaille empruntent le même chemin de l’évocation. Une baignoire où un personnage semble ployer sous le poids d’un insoluble problème, un lit défait par un couple absent, une femme absorbée par la lecture d’un livre dont nous ne pouvons qu’imaginer le titre, des enfants sans parents jouant dans une mer à marée basse, une maison au bout d’une route et qui semble nous attendre… Dans ces vies à peine évoquées, il y a de l’inquiétude, de la nostalgie, du merveilleux, qui provoquent en nous le petit miracle de la réminiscence : ces vies, ces gens, ces histoires semblent un moment faire partie de nous et nous touchent comme aurait pu le faire des souvenirs.

Pour parvenir à ça, le travail d’un artiste ne suffit pas. Il lui faut aussi du talent. Et Laurence Deletaille, du talent, elle en a des tonnes.


Thomas Gunzig




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